Bonnes feuilles de mon jardin - Nature et culture

Le blog de Philippe Hoch - Notes, notules et photographies

03 août 2008

Goethe et la cathédrale de Strasbourg

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Étudiant à Leipzig, Goethe se rend à Strasbourg en 1770, pour y poursuivre ses études. Ce séjour en Alsace fut décisif dans la jeunesse du poète. Il parcourut la campagne, séduit par sa beauté, dans un esprit qui n'est pas sans rappeler celui de Rousseau. Dans un village de la plaine, Sessenheim, entré de ce fait dans l'histoire littéraire européenne, Goethe fit la rencontre de Frédérique Brion, vers laquelle le porta une tendre inclination.

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Plus mon admiration croissait...

À Strasbourg, le futur licencié en droit se consacrait aussi à l'architecture religieuse, visitant de façon répétée la cathédrale. Dans ses mémoires, Poésie et Vérité (Dichtung und Wahrheit), Goethe dit toute son admiration pour ce monument exemplaire d'un art improprement qualifié, à ses yeux, de gothique, qu'il découvrit peu à peu.

«Bien que je fusse enthousiasmé dès le premier coup d'oeil par ce monument, il me fallut beaucoup de temps pour me pénétrer profondément de sa beauté.» De longues pages décrivent l'édifice dans toutes ses parties, que le jeune homme étudiait et dessinait. «Plus j'examinais, plus j'étais frappé d'étonnement ; plus je m'amusais et je me fatiguais à mesurer et à dessiner, plus mon admiration croissait...»

L'alliance du sublime et de l'agréable

La façade, par exemple (notre photo ci-dessus), se caractérise par une admirable union du sublime et de l'agréable, aussi dissemblable que paraissent ces sentiments. «Pour que le gigantesque, en se présentant comme masse à nos yeux, ne nous effraie pas, pour que nous ne nous y perdions pas en cherchant à pénétrer ses détails, il faut qu'il contracte une alliance contre nature et en apparence impossible ; il faut qu'il s'unisse à l'agréable.»

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Le nom mal famé de gothique

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Pour qualifier un chef-d'oeuvre comme la cathédrale de Strasbourg, le terme péjoratif de gothique ne saurait décidément convenir. L'édifice alsacien apparaît, pour Goethe, comme l'exemple par excellence, d'un art qu'il qualifie plus simplement d'allemand.

«Trouvant cet édifice bâti avec tant de perfection sur une ancienne terre allemande et dans une époque tout allemande, apprenant, de plus, que le nom de l'architecte, qu'on lisait sur une tombe modeste, était allemand par la consonance et par l'origine, j'entrepris, dans mon enthousiasme pour cette oeuvre d'art, de changer le nom mal famé de gothique, donné jusqu'alors à cette architecture, et de la revendiquer pour mon pays en lui donnant celui d'architecture allemande.»

«Diese charakteristische Kunst ist nun die einzig wahre!» Une telle exaltation d'un art «qui est désormais le seul vrai» se fait, dans les écrits de Goethe, au détriment du rococo et du classicisme français.

En 1771, Goethe, licencié en l'un et l'autre droit s'établit à Francfort en qualité d'avocat. Il ne consacra à cet office qu'un temps mesuré, préférant l'étude des arts et la Muse aux plaidoiries.

À lire : Goethe, Ses Mémoires et sa Vie, Vérité et Poésie, Paris : Le Signe, 1979 (reproduction en fac-similé de l'édition traduite et annotée par Henri Richelot, Paris : librairie J. Hetzel, 1863), t. II, p. 154-160.

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