22 juillet 2008
L'utilité des livres selon Sénèque
Amoureux des livres, si l'on en croit l'étymologie, le bibliophile, volontiers présenté comme maniaque, parfois misanthrope, passe pour apprécier surtout la parure extérieure des volumes qu'il accumule «pour la montre», sans en tirer le profit moral, intellectuel, spirituel qu'une lecture approfondie des textes lui offrirait. On trouve chez La Bruyère et, après lui, sous la plume de bien des auteurs du XIXe ou du début du XXe siècle des portraits aigres-doux d'amateurs confits en dévotion devant quelque reliure aux armes.
En vérité, la critique de l'usage à vrai dire purement ornemental, ou supposé tel, des livres ne date pas d'hier. On trouve déjà, chez le philosophe latin Sénèque, au Ier siècle ap. J.-C., une condamnation de la bibliomanie.
Des livres pour l'ornement de la salle à manger
Ainsi, dans le traité De la tranquillité de l'âme, écrit-il : «Tel homme, qui n'a pas même la culture littéraire d'un enfant, a des livres qui, sans jamais servir à ses études, sont là pour l'ornement de sa salle à manger. Qu'on se borne donc à acheter des livres pour son usage, et non pour en faire étalage. [...] Pourquoi cette indulgence exclusive pour un homme qui [...] baille au milieu de ces milliers de livres, et met tout son plaisir dans leurs titres et dans leurs couvertures ?» Vieux débat, comme on voit...
À lire : Sénèque, De la vie heureuse et De la tranquillité de l'âme, préface de Gilles Van Heems, Paris : Librio, 2005.
Nos photos : librairies d'ancien, à Malaga (Espagne), en haut, et Nancy (Meurthe et Moselle), en bas.












