Bonnes feuilles de mon jardin - Nature et culture

Le blog de Philippe Hoch - Notes, notules et photographies

29 août 2008

Un grand philosophe

Son nom apparaît en lettres d'or dans toutes les anthologies de la pensée antique et ses Pensées figurent au programme des examens ; nul doute : l'empereur Marc-Aurèle, qui a vécu au IIe siècle après Jésus-Christ, est un «grand» philosophe.

Ceux qui douteraient encore de sa position éminente dans le panthéon de la culture classique en trouveront la confirmation dans cette nouvelle, qui réjouira les archéologues mais aussi les adaptes des principes moraux du stoïcisme. D'importantes parties (la tête, le bras droit et la main tenant un globe, ainsi que les jambes) d'une statue de l'imperator viennent en effet d'être découvertes en Turquie. Le pied impérial mesure près d'un mètre et la statue devait atteindre la dimension d'environ quatre mètres et demi... Pas de doute : un très grand philosophe... Un vrai colosse.

Ayant évoqué, sérieusement cette fois, la pensée de Marc-Aurèle, voici quelques semaines, je ne pouvais pas ne pas rapporter une nouvelle qui, plaisanterie mise à part, ne peut que réjouir tous ceux que l'Antiquité intéresse.

Source : Le Monde, jeudi 28 août 2008, à la «une».

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10 août 2008

Le rire d'Épicure

Nancy_Carri_re

La philosophie d'Épicure offre «un excellent antidote contre les poisons du monde moderne», une sagesse à la mesure des maux de notre temps. Jean Salem, professeur à la Sorbonne, entreprend de nous en convaincre dans un intéressant dossier du Nouvel Observateur (n° 2283 du 7 au 13 août 2008). Une occasion toute trouvée de rouvrir les Lettres, Maximes et Sentences, mince corpus parvenu jusqu'à nous témoignant de l'antique philosophie du Jardin (et pour laquelle ce bloc-notes manifeste a priori quelque sympathie...).

Puisque les exhortations fusent, de toutes parts, de «vivre en philosophe», voici deux arguments, relevés dans les Sentences vaticanes (titre donné en référence au lieu de conservation du manuscrit).

Apprentissage et jouissance vont de pair

Le plaisir de la philosophie, dit Épicure, est immédiatement donné ; loin d'être une récompense différée, il accompagne la pratique même de la pensée. «Pour les autres occupations, après maturation, le fruit vient péniblement, mais pour la philosophie, l'agrément se rencontre avec la connaissance ; car la jouissance ne vient pas après l'apprentissage, mais apprentissage et jouissance vont de pair.» (§ 27) Une citation que les étudiants, jeunes, moins jeunes et... éternels pourraient épingler au-dessus de leur lit.

«Il faut rire...»

Dès lors, la tristesse n'apparaît pas comme la disposition d'esprit la mieux adaptée à la pratique philosophique. «Il faut à la fois rire, vivre en philosophe, diriger sa propre maison, et encore se servir de tout ce qui nous est propre, et ne jamais cesser de prononcer les formules issues de la droite philosophie.» (§ 41)

À lire : Épicure : Lettres, Maximes, Sentences, traduction, introduction et commentaires par Jean-François Balaudé, nouv. éd. revue, Paris : Le livre de poche, 2005 (Classiques de la philosophie).

Notre photo : détail d'une statue, place de la Carrière à Nancy (Meurthe et Moselle).

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08 août 2008

Adresse d'Epictète aux concurrents des Jeux Olympiques

Handballeuse_rouge

Voici donc les athlètes réunis, prêts à disputer les plus redoutables épreuves, attendant l'heure, toute proche désormais, de se mesurer à l'adversaire et de se confronter aussi à soi-même. Leur présence sur les stades pékinois consacre, avant même le début des joutes, un talent, bien sûr, mais aussi une volonté, un travail exemplaires. Une persévérance, enfin. La clé du succès réside, selon un philosophe d'autrefois, précisément dans l'inflexibilité et la permanence de l'effort.

Se déterminer en connaissance de cause

Handballeuse_orange_2

Dans son Manuel, Epictète (Ier siècle av. J.-C.) évoque la difficulté de trouver sa voie, d'élire l'activité à laquelle chacun voudra se consacrer. Ce choix ne saurait se faire à la légère. Qui veut être athlète n'en aura pas forcément les dispositions et il n'en va pas autrement, dans un autre domaine, pour le philosophe. Il s'agit, par une claire représentation des obligations qu'implique une décision, de placer dans la balance grandeur et triomphe d'un côté, servitudes de l'autre.

«Tout ceci une fois pesé...»

Handballeuse_orange

«Tu veux vaincre aux Jeux Olympiques ? Et moi aussi, par les Dieux ! car c'est un noble triomphe. Mais examine les antécédents et les conséquents de ce projet, et alors seulement entreprends-le. Il faut te discipliner, régler ta nourriture, régler ta nourriture, t'abstenir de friandises, faire des exercices forcés et réglés selon l'heure, la chaleur, le froid, ne pas boire de l'eau froide, ni de vin à tout hasard ; bref, il faut te livrer à un entraîneur comme à un médecin. Ensuite, dans l'arène, il faut creuser la terre, quelquefois se démettre une main, se tordre la cheville, avaler force poussière, parfois aussi être fouetté, et, après tout cela, être vaincu. Tout ceci une fois pesé, si tu le veux encore, travaille à devenir athlète. Sinon tu te comporteras comme les enfants qui jouent, tantôt aux lutteurs, tantôt aux gladiateurs, qui sonnent maintenant de la trompette et qui font les tragédiens ensuite.»

À lire : Manuel d'Épictète, dans : Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, suivies du Manuel d'Épictète, traduction, préface et notes par Mario Meunier, Paris : GF Flammarion, 1992, ch. XXIX.

Nos photos : représentation de handballeuses sur les portes d'entrée du Palais des sports «Les Arènes» de Metz.

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27 juillet 2008

Le temps seul est à nous

Horloge_Clermont_2

La fin de la journée arrivée, se risque-t-on à entreprendre, à la manière des «examens de conscience» d'autrefois, un bilan des heures écoulées, force est de le constater : que de temps perdu, gâché, mal employé, passé à des actions insignifiantes, de molles rêvasseries, des paroles déplacées. Un trésor dilapidé. Une perte irréparable.

Recueille le temps !

Ce temps, comment donc le retrouver ? En lisant Proust, peut-être, ou Sénèque, dont les Lettres à Lucilius, ouvertes cette semaine, débutent, de façon tout à fait significative, par cette grande question. La première exhortation du sage stoïcien concerne, précisément, la préservation et la reconquête du temps.

«Fais-le, mon cher Lucilius : affirme ta propriété sur toi-même, et le temps que, jusqu'ici, on t'enlevait, on te soutirait ou qui t'échappait, recueille-le, préserve-le. [...] Certains moments nous sont retirés, certains dérobés, certains filent. La perte la plus honteuse, pourtant, est celle que l'on fait par négligence. Veux-tu y prêter attention : une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie tout entière à faire autre chose.»

Il importe donc de nous amender et de faire bon usage du seul bien qui, en définitive, nous soit propre : «Toute chose, Lucilius, est à autrui, le temps seul est à nous ; c'est l'unique bien, fugace et glissant, dont la nature nous a confié la possession...»

À lire : Sénèque, Lettres à Lucilius, traduction et édition par Marie-Ange Jourdan-Gueyer, Paris : Flammarion, 2008, dans Sénèque - Les Stoïciens (Le Monde la la philosophie).

Notre photo : horloge à automates (XVIe siècle) de la cathédrale de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Mars, dieu de la guerre (à gauche) et un Faune, symbolisant les plaisirs de la vie (à droite) marquent l'heure en frappant sur la tête du Temps, représenté sous les traits d'un vieillard (au centre).

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23 juillet 2008

La retraite de Marc-Aurèle

Arcachon

Vous voici peut-être, au terme d'une année de travail, comme je le fus moi-même il y a quelques semaines déjà, «en vacances». Dans le sac à dos, comme il se doit, entre crème solaire et carte IGN, un bon livre, compagnon des haltes. J'ai rouvert, l'autre matin, les Pensées de l'empereur Marc-Aurèle (IIe siècle ap. J.-C.) et j'y ai relevé cette très «aristocratique» exhortation à trouver le «bon refuge», que je livre à votre méditation.

«Te retirer en toi-même...»

«On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme...»

À lire : Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, suivies du Manuel d'Epictète, traduction, préface et notes par Mario Meunier, Paris : GF Flammarion, 1992, livre IV, III.

Notre photo : jetée à Arcachon (Gironde).

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