Bonnes feuilles de mon jardin - Nature et culture

Le blog de Philippe Hoch - Notes, notules et photographies

16 octobre 2008

Le projet artistique du Centre Pompidou Metz

CPM_se_construitD'abord promis pour 2009, le Centre Pompidou Metz (CPM) devrait finalement ouvrir ses portes au cours du premier semestre 2010. L'annonce en a été faite à l'Opéra-Théâtre de la ville, voici quelques jours, au cours de la présentation publique (très attendue) du projet culturel et artistique que l'institution entend développer.

Pour la circonstance, le président du Centre Georges Pompidou, Alain Seban, avait fait le déplacement de Paris, accompagné d'Agnès Saal, directrice générale, et d'Alfred Pacquement, directeur du Musée national d'art moderne, l'une des composantes de Beaubourg. À l'invitation du premier magistrat de la cité, Dominique Gros, et du président de la Communauté de Metz Métropole, Jean-Luc Bohl, ils retrouvèrent, sur la scène du théâtre, Laurent Le Bon, directeur de l'association de préfiguration, ainsi que les architectes du projet, Shigeru Ban et Jean de Gastines.

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Des indicateurs au rouge ?

Voici cinq ans déjà que le projet se trouve lancé, puisque le choix de Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture après être demeuré à la tête de Beaubourg durant deux mandats et le début d'un troisième, s'est porté sur Metz en janvier 2003 pour l'implantation d'une filiale en province. On sait que, approximativement dans le même temps, de son côté le Louvre mettait sur les rails son programme d'antenne à Lens. Depuis lors, les équipes messine et parisienne ont travaillé d'arrache-pied.

CPM_maquette_2Le résultat, sur le plan architectural, commence à être visible. Aux maquettes présentées dans la Maison du projet (notre photo ci-contre), à l'entrée du chantier, et aux animations spectaculaires en 3D succède désormais le bâtiment lui-même, sorti de terre, auquel manque encore toutefois le fameux toit (42 mètres de haut) qui en sera comme la signature et l'emblème. Une partie de retard pris par le chantier se trouve du reste liée à la difficulté de trouver une entreprise spécialisée en mesure de réaliser cette audacieuse couverture.

CPM_chantier

Vue du chantier en date du 10 octobre

Fournir des clefs de compréhension

Si les curieux pouvaient suivre, depuis des mois, la progression des travaux, en revanche, les informations faisaient pour le moins défaut au sujet de la teneur culturelle du projet. Laurent Le Bon s'employa, avec un enthousiasme communicatif et un talent oratoire consommé, à en définir les grandes lignes : faire découvrir la création artistique de notre époque sous toutes ses formes ; fournir des clés pour comprendre l'histoire de l'art depuis 1905 ; appréhender le monde par le biais de l'art ; enfin, conquérir de nouveaux publics et les familiariser avec une forme de culture qui peut paraître impressionnante ou incompréhensible.

CPM_galeriesAu service de cet ambitieux dessein, se trouve d'abord un bâtiment de plus de 10.000 mètres carrés, présenté - pour répondre sans doute aux inquiétudes des contribuables messins - comme «le moins cher d'Europe au mètre carré» (mais un voile pudique fut néanmoins jeté sur les questions financières). Il comportera une grande nef de 21 mètres de haut, un forum, un auditorium, un studio de création, d'importantes galeries d'exposition, sans oublier l'indispensable «écrin de verdure».

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Une présentation des espaces du Centre au moyen d'affiches dans l'espace urbain

Dans la mise en oeuvre de son ambition culturelle, le Centre Pompidou Metz, institution autonome par rapport à la «maison mère», voudrait faire preuve du dynamisme dont on crédite les centres d'art, à la manière d'une Kunsthalle de l'espace germanique. Sa politique reposera non sur des collections permanentes, lesquelles n'existeront pas à Metz, pas davantage que des acquisitions d'oeuvres nouvelles, mais sur des expositions temporaires réalisées en puisant dans le fonds considérable du Musée national d'art moderne à Paris et renouvelées trois fois par an.

«Chefs-d'oeuvre ?»

CPM_affichePour l'ouverture, en 2010 donc, Laurent Le Bon promet une exposition inaugurale intitulée «Chefs-d'oeuvre ?» visant à questionner cette notion galvaudée. On y verra, c'est promis, parmi bien d'autres pièces, des toiles de Derain (Les deux péniches, 1906), Picabia, Braque (La femme à la guitare, 1913), une célèbre photographie de Man Ray (Le violon d'Ingres, 1924), mais aussi L'âge d'or de Bunuel (1930), une sculpture de Brancusi (Le coq, 1935), un Matisse, un Dubuffet et quelques autres... chefs-d'oeuvre.

En attendant, en mai 2009, se déroulera une manifestation de préfiguration intitulée «Constellation». Rendez-vous est pris.

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11 septembre 2008

Je vous ai vus

Voyeur

Dans beaucoup de musées, galeries et autres monuments historiques, des mesures de protection de plus en plus sophistiquées (et coûteuses...) visent à prévenir d'éventuelles dégradations que pourraient subir les oeuvres présentées de la part de quelque visiteur malintentionné, d'un admirateur trop empressé ou simplement d'enfants turbulents échappant à la vigilance de leurs parents.

Aux rudimentaires cordons permettant de tenir le public à une distance respectable du tableau ou de l'objet, aux vitrines mises sous alarme, se sont depuis longtemps ajoutés des systèmes de surveillance vidéo. Et puis, il arrive même que des gardiens effectuent une ronde... Autant de dispositifs, généralement bien visibles, visant à prévenir, à tous les sens du terme, à dissuader toute volonté de nuire. Alors, vous voilà avertis : ne touchez à rien, on vous suit à la trace, on observe le moindre de vos faits et gestes... Vous pénétrez dans la salle d'exposition, après avoir gravi quelques marches et vous croisez un regard inattendu...

Notre photo : ce petit billet a été inspiré (?) par une oeuvre de Bertrand Gadenne, Le Voyeur, 2008 (installation, vidéo-projection, photomontage) présentée cet été dans le cadre de l'exposition «L'Homme merveilleux» au château de Malbrouck à Manderen (Moselle).

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03 septembre 2008

Un homme siffle

Escalier_Malbrouck

Au château de Malbrouck, à Manderen. Une image, juste avant démontage, de l'exposition «L'Homme merveilleux». À l'arrière-plan des marches qui mènent d'un étage à l'autre de la tour de la Lanterne, dans la vidéo de Lorna Simpson (photographe née à New York en 1960), intitulée Cloudscape (2004), pendant quatre minutes et demie, un homme noir siffle, debout, dans une atmosphère brumeuse. Je lis dans le catalogue qu'il siffle une mélodie ancienne, du XVIIIe siècle, triste, qui traite de la condition des escalves aux États-Unis. Quand donc les nébulosités finiront-elles de se résorber ? Un message pour l'Amérique d'aujourd'hui.

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28 août 2008

Kanon

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Kanon : le mot, de saveur hellénique, tout pétri de classicisme, évoque d'abord l'idée de modèle, de forme accomplie qui, dans sa plénitude, appelle l'imitation, suscite l'émulation. Les Grecs y voyaient l'idéal des proportions du corps humain, mais aussi, sur le plan littéraire, la liste des auteurs dignes de former le goût.

Lorsqu'on pénètre dans la Synagogue de Delme, on comprend d'emblée que le propos de Katinka Bock, dont l'exposition s'intitule précisément Kanon se situe sur un tout autre plan. À la permanence du modèle, cette artiste (née en 1976 à Francfort-sur-le-Main, formée à Berlin et à Lyon) préfère, à l'évidence, une certaine précarité ; à la perfection formelle, la faille, le défaut. «Le ratage, la fragilité et le décalage font partie intégrante des oeuvres qui contiennent leur propre destruction», peut-on lire dans un document remis au visiteur.

Une phrase articulée dans l'espace

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On ne tarde pas à comprendre que le canon relève moins de la plasticité immobile que du mouvement musical. «L'exposition à Delme peut se lire comme une phrase articulée dans l'espace, voire une partition», dans laquelle la répétition joue un rôle essentiel. L'eau, absente de l'ancienne synagogue, que Katinka Bock fait cependant circuler dans tout l'édifice, en constitue aussi une sonore métaphore.

Les pierres elles-mêmes paraissent avoir été animées d'un mouvement ayant abouti à leur fragmentation, comme dans Landschaft mit Hut où «plusieurs tranches d'un même bloc sont disposées en escalier pour composer un paysage abstrait, sur lequel un fond de chapeau en feutre est posé».

L'attachement au lieu

Delme_expo_chapeau

Quant au couvre-chef, précisément, nonobstant le cadre de la synagogue, il ne renvoie pas à la kipa, comme on pourrait le penser au premier regard, mais bien «à une multiplicité de cultures, qu'elles soient laïques ou religieuses». Il marque moins, en l'occurrence, une identité affirmée, qui se poserait dans l'opposition, qu'un attachement à un lieu.

Toute l'exposition de Katinka Bock, du reste, a été pensée et organisée en fonction de ce lieu singulier - qui ne pouvait être anodin - d'une ancienne synagogue (dont il a déjà été question dans ce bloc-notes), devenue un centre d'art réputé.

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À voir : Katinka Bock, Kanon, Centre d'art contemporain La Synagogue de Delme, jusqu'au 28 septembre 2008. Visite guidée de l'exposition le 10 septembre 2008, à 19 h, dans le cadre des Journées européennes de la culture juive.

Nos photos : de haut en bas, le rez-de-chaussée de la Synagogue ; Landschaft mit Hut (2008) ; détail du chapeau ; une image de Couler un tas de pierre, vidéo, noir et blanc.

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27 août 2008

Mur de la poterne

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Me voici de pied ferme, dès 9 heures tapantes, sur le site de l'ancienne place forte de Marsal, dans le pays mosellan du Saulnois, devant la Porte de France qui abrite aujourd'hui le musée départemental du Sel. Car, comme le nom de la localité l'indique clairement, l'exploitation du sel se trouve étroitement liée à son développement, et ce depuis la protohistoire. Des fouilles archéologiques menées chaque été depuis plusieurs années, en coopération à présent avec l'Institut d'Archéologie de Pékin, le confirment de manière toujours plus précise. Un peu plus loin, l'église Saint-Livier offre au visiteur de touchants exemples de la piété populaire, sous la forme de statues en hommage au patron des lieux, mais aussi de saint Nicolas.

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Surprise, sur le chemin du retour vers la voiture, en découvrant par hasard un mur livré à la fantaisie et à la créativité d'artistes dont j'ignore tout. Car il ne se trouve, sur place, aucune indication quant à la nature de cette oeuvre singulière, polyptyque foisonnant, et aux circonstances dans lesquelles elle a pu être réalisée. Si l'on en croit cependant un document du ministère de la Culture, il s'agit du «mur de la Poterne», restauré et décoré dans le cadre d'une opération, Les dix jours de l'art contemporain, en 2007. Le travail se poursuit, je suppose, car face à la paroi deux tentes sont dressées. Mais point d'artistes. Dommage, car il eût été intéressant de les interroger sur le sens de leur démarche et sur la manière dont cette réalisation collective s'organise.

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