31 juillet 2008
C'est le voyage qui vous fait
Le désir de changer de lieu vous taraude ; être ailleurs plutôt qu'ici, respirer un autre air, oser peut-être se lancer dans l'expérience de l'inconnu, renoncer au confort du familier. Dans quelle direction diriger ses pas, vers quel cap mettre les voiles ? De quelle terre lointaine nourrir ses rêves ? Laissons, pour notre part, aux voyageurs aguerris «l'usage du monde», que nous explorons, quant à nous, surtout à travers les mots et les images des écrivains, des poètes ou des artistes.
Les atlas sur le tapis
Nicolas Bouvier, se souvenant de Baudelaire, évoque la puissance évocatrice des cartes, les rêveries que font naître les toponymes colorés. «C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent. [...]»
On s'en va pour de bon
Pourquoi, contre tout, le voyageur prend-il la route ? Quelles raisons, bonnes ou mauvaises, l'animent donc ? «La vérité, c'est qu'on ne sait nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon.»
Bientôt, les illusions tombent. «Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait.»
À lire : Nicolas Bouvier, L'Usage du monde, dessins de Thierry Vernet, Paris : Petite bibliothèque Payot, 2001 (Voyageurs).
Notre photo : un gouvernail reconverti en rose des vents à Torremolinos (Espagne). On notera la position inversée de l'est et de l'ouest. On croit se diriger vers l'Inde et on se retrouve en Amérique...
30 juillet 2008
Image d'un chantier
Les abords du chantier du futur Centre Pompidou - Metz se reflètent sur les baies vitrées du palais des sports des Arènes, au quartier de l'Amphithéâtre
29 juillet 2008
Vagabondages
Trop vite. Tout va trop vite ! Peut-être les vacances, auxquelles il faudrait imposer le singulier - la vacance estivale - favorisent-elles une forme de réappropriation du temps par l'exercice conjugué de la lenteur et des détours, la redécouverte d'un certain art du vagabondage, auquel invite par exemple Milan Kundera.
«Pourquoi, demande l'écrivain tchèque, le plaisir de la lenteur a-t-il disparu ? Ah, où sont-ils, les flâneurs d'antan ? Où sont-ils, ces héros fainéants des chansons populaires, ces vagabonds qui traînent d'un moulin à l'autre et dorment à la belle étoile ? Ont-ils disparu avec les chemins champêtres, avec les prairies et les clairières, avec la nature ?»
À lire : Milan Kundera, La lenteur, préface de François Ricard, Paris : Gallimard, 2005 (Folio).
Notre photo : un paysage en Moyenne Alsace.
28 juillet 2008
Effet de serre
Serre du Jardin botanique de la Ville de Metz, à Montigny-lès-Metz
27 juillet 2008
Le temps seul est à nous
La fin de la journée arrivée, se risque-t-on à entreprendre, à la manière des «examens de conscience» d'autrefois, un bilan des heures écoulées, force est de le constater : que de temps perdu, gâché, mal employé, passé à des actions insignifiantes, de molles rêvasseries, des paroles déplacées. Un trésor dilapidé. Une perte irréparable.
Recueille le temps !
Ce temps, comment donc le retrouver ? En lisant Proust, peut-être, ou Sénèque, dont les Lettres à Lucilius, ouvertes cette semaine, débutent, de façon tout à fait significative, par cette grande question. La première exhortation du sage stoïcien concerne, précisément, la préservation et la reconquête du temps.
«Fais-le, mon cher Lucilius : affirme ta propriété sur toi-même, et le temps que, jusqu'ici, on t'enlevait, on te soutirait ou qui t'échappait, recueille-le, préserve-le. [...] Certains moments nous sont retirés, certains dérobés, certains filent. La perte la plus honteuse, pourtant, est celle que l'on fait par négligence. Veux-tu y prêter attention : une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie tout entière à faire autre chose.»
Il importe donc de nous amender et de faire bon usage du seul bien qui, en définitive, nous soit propre : «Toute chose, Lucilius, est à autrui, le temps seul est à nous ; c'est l'unique bien, fugace et glissant, dont la nature nous a confié la possession...»
À lire : Sénèque, Lettres à Lucilius, traduction et édition par Marie-Ange Jourdan-Gueyer, Paris : Flammarion, 2008, dans Sénèque - Les Stoïciens (Le Monde la la philosophie).
Notre photo : horloge à automates (XVIe siècle) de la cathédrale de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Mars, dieu de la guerre (à gauche) et un Faune, symbolisant les plaisirs de la vie (à droite) marquent l'heure en frappant sur la tête du Temps, représenté sous les traits d'un vieillard (au centre).
26 juillet 2008
Les jeux de l'enfance
Place de la Carrière, à Nancy (Meurthe et Moselle)
25 juillet 2008
Promenade botanique avec Rousseau
Parmi les charmes de l'été - se fît-il quelque peu prier - le moindre n'est certes pas le spectacle qu'offrent de concert jardins, parcs et champs. Au détour d'un chemin, odeurs et couleurs détournent le passant du cours ordinaire de ses pensées pour, un instant, le ravir. Et il suffit d'une balade paisible, à la mi-journée aux abords de la cité, pour se sentir un - certes bien indigne - émule de Rousseau. Ainsi, stimulé par une agréable sortie, ai-je relu hier soir la septième des Rêveries du promeneur solitaire, largement consacrée au plaisir d'herboriser et aux joies qu'apporte l'apprentissage des secrets du monde végétal.
Robe de noce
Ayant «la botanique pour toute passion», Jean-Jacques célèbre dans ces belles pages tout ensemble les «brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frais, ruisseaux, bosquets, verdure», éléments essentiels du tableau dont jouit le marcheur.
«Vivifiée par la nature et revêtue de sa robe de noces au milieu du cours des eaux et du chant des oiseaux, la terre offre à l'homme dans l'harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d'intérêt et de charme».
Encore, cette féerie, faut-il savoir l'apprécier. Oublier, d'abord, ses tracas, ne point se laisser dominer par des pensées possiblement sombres pour goûter, bien plutôt, les «objets» qui «frappent [nos] sens».
Ni sirop, ni tisane
Renoncer ensuite à toute vision utilitariste de la botanique. N'agissons pas, dit Rousseau, en apothicaires, ne quêtons point, comme les potards, remèdes et onguents. Laissons-là sirops et tisanes.
La science des plantes exige d'être appréciée et pratiquée pour elle-même, de façon gratuite, sans chercher à en retirer quelque profit autre qu'intellectuel. Contemplons et scrutons la création ; aimons-la en la respectant. Car «les plantes semblent avoir été semées avec profusion sur la terre, comme les étoiles dans le ciel, pour inviter l'homme par l'attrait du plaisir et de la curiosité à l'étude de la nature»...
À lire : Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, présentation par Érik Leborgne, Paris : GF Flammarion, 1997.
Nos photos : le parc de la Seille à Metz.
24 juillet 2008
Verre, ombre et lumière
Une façade, au centre de Roanne (Loire), par une fin d'après-midi ensoleillée de juin
23 juillet 2008
La retraite de Marc-Aurèle
Vous voici peut-être, au terme d'une année de travail, comme je le fus moi-même il y a quelques semaines déjà, «en vacances». Dans le sac à dos, comme il se doit, entre crème solaire et carte IGN, un bon livre, compagnon des haltes. J'ai rouvert, l'autre matin, les Pensées de l'empereur Marc-Aurèle (IIe siècle ap. J.-C.) et j'y ai relevé cette très «aristocratique» exhortation à trouver le «bon refuge», que je livre à votre méditation.
«Te retirer en toi-même...»
«On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme...»
À lire : Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, suivies du Manuel d'Epictète, traduction, préface et notes par Mario Meunier, Paris : GF Flammarion, 1992, livre IV, III.
Notre photo : jetée à Arcachon (Gironde).
22 juillet 2008
L'utilité des livres selon Sénèque
Amoureux des livres, si l'on en croit l'étymologie, le bibliophile, volontiers présenté comme maniaque, parfois misanthrope, passe pour apprécier surtout la parure extérieure des volumes qu'il accumule «pour la montre», sans en tirer le profit moral, intellectuel, spirituel qu'une lecture approfondie des textes lui offrirait. On trouve chez La Bruyère et, après lui, sous la plume de bien des auteurs du XIXe ou du début du XXe siècle des portraits aigres-doux d'amateurs confits en dévotion devant quelque reliure aux armes.
En vérité, la critique de l'usage à vrai dire purement ornemental, ou supposé tel, des livres ne date pas d'hier. On trouve déjà, chez le philosophe latin Sénèque, au Ier siècle ap. J.-C., une condamnation de la bibliomanie.
Des livres pour l'ornement de la salle à manger
Ainsi, dans le traité De la tranquillité de l'âme, écrit-il : «Tel homme, qui n'a pas même la culture littéraire d'un enfant, a des livres qui, sans jamais servir à ses études, sont là pour l'ornement de sa salle à manger. Qu'on se borne donc à acheter des livres pour son usage, et non pour en faire étalage. [...] Pourquoi cette indulgence exclusive pour un homme qui [...] baille au milieu de ces milliers de livres, et met tout son plaisir dans leurs titres et dans leurs couvertures ?» Vieux débat, comme on voit...
À lire : Sénèque, De la vie heureuse et De la tranquillité de l'âme, préface de Gilles Van Heems, Paris : Librio, 2005.
Nos photos : librairies d'ancien, à Malaga (Espagne), en haut, et Nancy (Meurthe et Moselle), en bas.

























